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Le CALAS souhaite laisser les paroles aux femmes survivantes d’agressions à caractère sexuel.  Ces témoignages illustrent leur vécue, leurs émotions et l’impact des préjugés dans leur vie. 

Marcher ensemble contre la violence sexuelle faite aux femmes

J’ai participé hier à ma première marche du CALAS, « Marchez avec le CALAS de l’Outaouais pour dénoncer la violence sexuelle faite aux femmes », qui a eu lieu le 22 septembre 2016. Bien que je devais rejoindre une amie ayant participé au même groupe de thérapie que moi, il y a environ un an, j’avais peur. Peur de remuer les démons du passé, peur de raviver des souvenirs douloureux, ma mère n’ayant pas cru à mon viol alors que j’avais 18 ans. Ce fut tout le contraire.

Quelle joie de retrouver ma jeune amie, entourée elle-même d’autres amies venues la soutenir! Quelle joie de voir tous les femmes et les hommes de cette marche crier leur solidarité dans les rues de Hull et d’Ottawa! Quelle joie de me faire tremper jusqu’aux os par une pluie battante libératrice, comme une pluie qui me laverait de mes pêchés dont je me suis moi-même accablée! Quelle joie de me faire laver de cette culpabilité que moi et toutes mes sœurs violées ne devrions jamais ressentir, mais par laquelle nous devons malheureusement passer avant d’avoir le bonheur de nous libérer de ce sentiment injustifié de culpabilité d’un abus dont nous ne sommes pas responsables! Quelle joie de pouvoir défouler une colère toute neuve à l’égard de mes agresseurs, ayant passé presque cinquante ans de ma vie dans le silence de l’ignorance accablante! Quelle joie de savoir que nous pouvons sensibiliser une passante, un passant à la fois à notre cause! Quelle joie de nous savoir dans un pays de liberté où nos voix ne seront pas écrasées et où nous ne serons pas jugées d’un crime que nous n’avons pas commis et que nous avons subi! Nous sommes les victimes!

Quelle joie de me savoir libérée du poids de cette culpabilité qui m’a trop longtemps enterrée, vivante, mais morte.

Merci aux femmes du CALAS pour leur engagement. J’espère, de votre cœur au mien, que nous serons encore plus nombreuses l’année prochaine pour crier à pleins poumons « Non à la violence faite aux femmes ».

Non à la violence.


Briser le silence

Dès l'âge de 10 ans, je suis devenue une victime de multiples agressions sexuelles; inceste subit par un de mes frères, viol avec menace de mort, viols, drogue du viol, tentative de viol par un oncle, harcèlement, attouchement, exhibitionnisme, voyeurisme et ce par des hommes de mon entourage et des inconnus.    
Mon Amour propre m'a été enlevé, volé.  Mon estime de moi et ma confiance en moi furent grandement déstabilisés.  On a abusé de ma vulnérabilité causé par toutes ces agressions.  J’ai gardé le silence, emballé dans une boite noire toutes mes souffrances.     Après 45 années de déchirement intérieur, de torture émotionnelle, j’ai finalement décidé de briser le silence, avec moi-même d’abord, puis en thérapie dans un centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle et maintenant avec chacun, chacune d’entre vous qui prenez le temps de me lire.  
Je souhaite partager avec vous une lettre que j’adresse à mes agresseurs ainsi qu’à tous les agresseurs qui font subir tant de souffrances, qui détruisent et empoissonnent des vies, qui laissent des séquelles extrêmement difficiles à affronter et surmonter.  Des séquelles non apparentes, douloureuses, embarrassantes.  
 
Toutes ces agressions qui traumatisent ne découlent pas de ma décision ni de celles de toutes les victimes: enfants, filles, femmes, garçons, hommes.  La prise de contrôle, l’envahissement de ces agresseurs, étouffent et briment l’épanouissement de notre Être.  Le silence, la banalisation prennent le contrôle de notre vie marquée par un chagrin difficilement descriptible.     
C’est avec l’espoir de toucher le silence des victimes, de les encourager à parler de leurs désespoirs, leurs peines, leurs souffrances, leurs peurs, leurs colères… et ce afin d’être soulagé de cette emprise malsaine.   
 
De toucher la famille et l’entourage, les sensibiliser à l’ampleur de la tristesse et de la souffrance qu’une victime d’agression sexuelle peut vivre, ressentir, refouler, quel qu'en soit la forme ou le nombre.   
 
De toucher, ne serait-ce qu’une particule de la conscience de ces agresseurs afin qu’ils réalisent à quel point ils détruisent, endommagent, bouleversent et démolissent des vies.  
 
Osez parler, c’est faire le premier pas vers une nouvelle vie… Accepter de l’aide, c’est tellement précieux... 
 
Voici la lettre à l’intention de mes agresseurs  
 
À mes agresseurs, connus,  inconnus, morts, vivants,  
Vous avez fait, d'une partie de moi, un monstre, de ma beauté, un brouillard si dense que j'ai peine à voir clair dans ma vie.  Vous n'aviez pas le droit de me prendre mon identité, de maltraiter mon corps, mon Âme.  Vous n'êtes que des lâches qui ne méritez pas mon respect, ni même celui des autres, vous êtes méprisables.   Vous avez empoisonné et tourmenté ma Vie.  
Par votre faute, j'ai mal aimé, me suis mal aimé.  Je me suis cherchée dans la misère, fait subir ma colère à des gens biens.  
On me dit que cela a fait de moi, qui je suis.  Mais moi, je dis que vous avez détruit ma vie, que vous avez construit une autre personne de moi, modelée à l'image de vos agressions, empreinte de votre mal.  Je suis une sculpture aux balafres non cicatrisées, habitée par l’humiliation et la honte qui ce sont emparées de moi, séquelles de vos agressions. Vous avez empoisonné et tourmenté ma Vie.  
Maintes et maintes fois j'ai cherché l'Amour, mais en vain.  Trop de blessures, de colères, de méfiances refoulées.  Cette rage qui m'habite, me fait douleur.  Mon corps, mon Âme combattent toute cette rage cumulée au fils des ans.  Le temps ne diminue pas cet état de mal-être, j’ai appris à survivre.  
Comment puis-je faire confiance aux hommes maintenant?  Je suis tellement blessée, brisée, déçue, déchirée, méfiante.  Je n'ai pas envie de vous pardonner, je suis trop en colère, dégoûtée que vous ayez abusé de mon corps, de mon estime de moi, de ma vulnérabilité. Vous avez empoisonné et tourmenté ma Vie.  
Votre victime Johanne  
 
Aujourd’hui, je fais face à ce passé trouble, à ce monstre en moi construit par toutes ces agressions.  Grâce à l’aide que je reçois, je commence à reconnaître ma beauté intérieure, à m’épanouir et à croire en un avenir serein et paisible.  
 
Johanne Gagnon, Janvier 2016   

 

Agression sexuelle en voyage

Je vous demande SVP de lire cette histoire qui j'espère vous sensibilisera à des trucs vraiment désagréables qui malheureusement se produisent encore trop souvent dans la vie des femmes.
 
En fait, c'est une histoire d'horreur qui est arrivée à une amie très chère à moi.  J'espère qu'elle vous servira, afin de protéger celles qui vous sont chères...

Cette amie est partie passer une semaine dans une destination soleil bien populaire, cet hiver.  Elle y était accompagnée de ses deux enfants.  Une semaine magnifique sous le soleil jusqu'à la veille de son retour au Québec.

Elle a rencontré des Québécois, qui aux premières apparences lui semblaient très bien, sympathiques et chaleureux.  Mon amie et ses enfants avaient passé la matinée à la piscine avec eux à placoter de tout et de rien.  De fil en aiguille, ces Québécois les ont invités, elle et ses enfants à partager un dîner et ensuite à aller se baigner à la plage.

Après plusieurs offres refusées, mon amie a accepté de prendre un verre de boisson alcoolisé et c'est aussitôt que le drame s'est produit pour elle.  Mon amie fut droguée via son «drink» alcoolisé et a perdu 8 heures de sa vie.

Deux trous de cul Québécois ont avisé ces enfants que leur maman venait de tomber malade, qu'ils allaient l'amener à sa chambre et prendre bien soin d'elle.  Pendant ce temps, deux «bitchs» qui accompagnaient les trous de cul se sont «gentiment occupés» des enfants.  Elle ne marchait plus et n'était plus du tout sur la « map ».  Les hommes ont dû la transporter jusqu'à sa chambre.  Ces deux hommes pratiquent des métiers honorables au Québec, dans le domaine de la sécurité publique.  Et les deux femmes sont étudiantes à l'université en éducation primaire préscolaire.

C'est alors que les hommes sont restés dans la chambre de mon amie pendant plus de 3 heures à assouvir leurs plus bas instincts.  Les enfants ont été ramenés à leur chambre où dormait leur maman.  Un des complices leur a dit de bien prendre soin de leur maman, de lui donner de l'amour et de l'affection car elle en avait besoin.  Ils ont ajouté de signaler le «0» si jamais maman recommençait à être malade.  Leur maman ne s'est réveillée que vers 21h20, pleine de spermes, de sables, en costume de bain dans son lit, avec des saignements et des douleurs aux os du vagin.  De plus, elle était malade comme un chien.  Elle vomissait sous les yeux horrifiés de ses enfants qui ne l'ont jamais vu en état d'ébriété, ni même vomir!

Mon amie n'a pas revu ses agresseurs car elle a reprit son avion de retour le lendemain matin à 6h00.

De retour au Québec, c'est l'état de choc.  Les deux agresseurs ont eu le culot de la demander «amie facebook».  Intelligente, elle a accepté et a joué la position basse dans le but de les faire parler ou plutôt, les faire écrire.  Bingo!  Ils ont confirmé tous les gestes posés dans les moindres détails.  Sa mission fut accomplie.  Elle avait les éléments et les preuves nécessaires pour pouvoir déposer une plainte au criminel.

Malheureusement, sa plainte n'a pas pu être traitée puisque les gestes posés furent vécus à l'extérieur du Canada.  Donc le code criminel ne s'applique pas.  Elle doit donc poursuivre au niveau des crimes internationaux.  Vous connaissez la suite, cela prendra des mois pour peut-être n'aboutir à RIEN!!!!!!!!!!

Aujourd'hui cette femme est en arrêt de travail, bien malgré elle.  Elle qui a l'habitude d'écouter la souffrance et la douleur des autres, se retrouve aujourd'hui dans la chaise de la «cliente».

Aujourd'hui cette femme fait des cauchemars la nuit et de l'insomnie.

Aujourd'hui cette femme a l'estime de soi à plat.

Aujourd'hui cette femme a perdu sa joie de vivre.

Aujourd'hui cette femme a perdu une partie de son âme.

Aujourd'hui cette femme vit de la culpabilité en pensant à ce qui aurait pu arriver à ses enfants.  Dieu merci, il ne leur est rien arrivé...

Sa consolation?  À cause de la substance utilisée, elle ne se souviendra jamais des moments horribles qu'elle a vécu.  Mais elle les connaît!!

Cette femme est une courageuse, et fait partie de la race des combattantes.  Elle s'en sortira...elle s'en sort tranquillement.

Mesdames, servez-vous de cette histoire pour être encore plus vigilantes, prudentes et alertes!

Messieurs, servez-vous de cette histoire pour protéger vos filles, vos soeurs, vos mères, vos nièces, vos amies, vos collègues de travail, vos amoureuses.  Soyez de ces Hommes avec un grand H!!!!

Merci de l'attention accordée à cette lecture et je vous souhaite une très belle fin de journée!


Le désespoir à l’espoir

La vie peut être difficile à certain moment. Personnellement, j’ai fait face à des moments difficiles qui m’ont fait pleurer pendant de longues années. J’ai décidé d’écrire ces quelques lignes sur ma vie pour donner du courage aux femmes. Pendant longtemps, je pensais que j’étais seule à avoir vécu ces cauchemars, mais je me suis trompée. En lisant, en faisant de la thérapie de groupe au CALAS, j’ai remarqué que nous étions si nombreuses.

Dans les années passées, lorsque j’étais au primaire, ma mère avait fait la rencontre d’un homme. Il m’a fait vivre le début de mes souffrances. Jeune, je ne savais pas si je rêvais ou si c’était réel. Un soir, tard dans la nuit, je me suis réveillée parce que je sentais quelque chose tripoter ma partie du bas. J’ai aperçu le copain à ma mère assis à côté de mon lit. Je n’ai rien dit à ce moment-là parce que j’étais petite. Je n’étais pas certaine de ce qui s’était passé. Durant les années suivantes, il m’a touché les seins, il m’a regardé prendre ma douche et me changer par de minis trous qu’il avait faits. Adolescente, j’ai réalisé que tout ça n’était pas normal. Je vivais des flashbacks de la nuit où je l’ai surpris à côté de mon lit et j’étais malheureuse d’avoir tout caché cette horreur à ma mère. Un jour, je ne pouvais plus garder ce lourd secret et j’ai ouvert mon cœur blessé à une travailleuse sociale. Une longue démarche s’est faite, mais finalement nous avons déménagés. J’ai continué ma route, mais j’étais une fille détruite. Sur ma route, j’ai pris une mauvaise passerelle où j’ai sali ma réputation, fréquenté de mauvaise personne, subi de la violence physique, psychologique et verbale. J’étais innocente et influençable. J’aimais faire la rencontre de nouveaux garçons, surtout les gars qui avaient une apparence de « bad boy » et qui n’avaient peur de rien. J’ai fait plusieurs rencontres à partir du Net. Parmi ces rencontres, une partie de moi a été tuée. J’avais rencontré ce gars plusieurs fois et nous faisions toujours la même chose à chaque rencontre. Un soir, sans prévenir, il est venu chez moi. À ce moment-là, j’avais un « copain ». Je l’ai laissé rentrer parce qu’il ne venait pas de la région et il venait de manquer son bus voyageur. En entrant chez moi, ce gars avait une chose en tête, la même chose que les autres fois. De mon côté, pour une fois, je ne voulais rien faire parce que j’avais « mon copain ». J’ai dit non et non à ses approches et ses avances, mais rien ne l’a empêché. Il m’a coincé sur un mur de ma chambre, m’a donné quelques coups au visage, m’a baissé mes pantalons jogging …

J’étais morte de peur, j’étais sous le choc. D’un seul coup, il a déchiré mon sous-vêtement pour ensuite me jeter sur mon lit et me pénétrer. Je criais d’arrêter et je pleurais. Les larmes coulaient sur le bord de mes joues. J’avais énormément mal…

Les années ont passées et j’ai grandi avec ce passé qui me hante toujours. Après cet évènement, j’ai tout dit à ma mère et j’ai dû subir encore une fois une démarche. Malgré tout ça, j’ai continué sur cette passerelle dévastatrice. J’ai souffert et j’ai regretté beaucoup de choses. Depuis juillet 2008, je me suis sortie de cet enfer. J’avoue que c’est difficile d’avancer avec ce lourd passé, mais je me dis que grâce à ces moments difficiles, je suis qui je suis maintenant. Il ne faut jamais abandonner, peu importe ce qui arrive parce qu’il y a toujours de l’espoir. Un jour à la fois, en gardant la tête haute. Et on peut y arriver.

Merci au CALAS, à ma mère, à ma tante et à Dieu !


Témoignage d’une survivante

Je m’appelle Marie-Claude, j’ai 6 ans.

Depuis 2 ans je vis avec ma mère et mon petit frère. Et je peux vous dire que depuis que papa est parti de la maison, ça ne va pas bien.

Maman boit beaucoup plus qu’avant !!

À l’âge de 4 ans, oncle Tony est venu rester chez nous pour quelques temps.

Il devait s’occuper du ménage et prendre soin de moi quand maman allait travailler. Malheureusement celui-ci a échappé à ses tâches, ce n’est pas du tout ce qu’il a fait. À la place, il m’emmenait où les enfants ne sont pas supposés aller, « dans son pantalon.»

Le pire, c’est qu’avant qu’il aménage chez-moi, il a fait 6 mois de prison pour avoir agressé des enfants.  Y faut croire qu’il n’a pas eu sa leçon. Lors de mon dévoilement à ma mère, celle-ci m’a dit : « C’est bien ma grande, tu deviens une femme maintenant. »

Je ne comprenais pas. Je ne suis pas supposée devenir une femme, je n’ai que 4 ans. Je veux rester un enfant, jouer avec mes poupées, courir, être avec mes amies. Me faire dorloter au coucher comme papa me faisait souvent quand j’étais plus petite. Quel beau souvenir que de me rappeler quand papa me berçait le soir dans la cuisine entre ma chambre et celle de mes parents.  Il y avait une grosse chaise berçante en bois.  Dans mes plus jeunes souvenirs, tu me berçais cher papa, tu me blottissais dans tes bras bien au chaud jusqu'à ce que je m’endorme.  Quel beau souvenir réconfortant.

Maintenant ce ne sont que des choses du passé, je dois vieillir maintenant. On ne me laisse pas le choix, maman me dit que je suis rendue grande. Et en plus, je dois m’occuper de mon petit frère, sinon personne ne le fera.

Plus les journées passent, plus maman boit.

Quand j’avais 5 ans, ma mère, mon p’tit frère et moi sommes déménagés. La vie de ma mère dégringole à vue d’œil, elle ne travaille pas, alors elle boit toute la journée. Elle boit tellement qu’elle en perd la carte complètement. Mon p’tit frère et moi essayons de la réveiller, mais en vain, nous ne sommes pas capables. Que la vie devient de plus en plus dure !! Ma mère commence elle aussi à faire des choses qu’on ne doit pas faire à ses enfants. Je crois que se fut la pire année de toute ma vie!!

Ce Noël là, je m’en souviendrai toujours! En cette belle journée du 25 Décembre 1974, il y avait une belle neige qui tombait du ciel. Ma mère nous dit de préparer notre baluchon car nous partons pour Latuque, passer Noël avec papa.  Que nous étions contents, mon petit frère et moi !! J’étais toutefois un peu préoccupée par la condition de ma mère, parce qu’elle était encore ivre, et je me demandais comment elle ferait pour conduire? J’étais tellement contente d’aller à Latuque, alors je me suis dis : « je surveillerai le chemin pour elle. » Nous mettons nos choses dans la voiture et nous partons…

Quelques rues plus loin, ma mère arrête l'auto et fait demi tour.  Elle nous dit quelle ne se sent pas bien, alors nous n’irons pas à Latuque aujourd’hui.  Désemparée et voyant qu’elle n’était pas toute là, encore une fois, je lui dis que la direction qu’elle prenait était bien celle de la route de Latuque pour tenter de la déjouer, espérant qu’elle tourne de bord une seconde fois.  Malheureusement, elle retourne à la maison.

Ce soir-là, ma mère nous a remis, à mon p’tit frère et moi, chacun un cadeau. Elle buvait et buvait encore.  Elle nous demanda d’aller nous coucher tôt.  Je n’étais pas du tout d’accord avec l’idée, déjà que nous n’étions pas allés à Latuque dù à son manque de jugement.

Je me disais que j’allais au moins passer Noël avec mon petit frère, ce n’était pas vrai que nous allions passer la soirée de Noël à dormir. Alors, j’ai allumé la lampe et nous nous sommes assis, mon p’tit frère et moi, chacun dans notre lit pour fêter ensemble. Quand ma mère s’en est rendu compte, elle me cria de venir me coucher auprès d’elle.

Et là encore, l’agression continua. Se fut le pire Noël de toute ma vie.

Depuis ce temps, papa essaie d’obtenir la garde de mon p’tit frère et moi. L’année suivante, mon père gagne la pleine garde en Cour. D’un côté, quel soulagement d’aller vivre avec papa, pour qu’enfin quelqu’un prenne soin de moi. Mais encore là, qui va s’occuper de ma mère? Même si j’ai 6 ans, je suis celle qui s’occupe toujours d’elle et mon p’tit frère! J’étais très préoccupée pour elle.

En allant rejoindre papa, je regagne ma vie auprès d’une famille saine et équilibrée, mais pourtant je ne me sens jamais comme les autres.  Je ne comprends pas pourquoi. Croyant que les agressions sexuelles étaient terminées, cela me soulageait énormément. Jusqu'à ce que l’année suivante nous devions nous rendre chez ma mère pour une visite de 2 semaines, comme le juge l’avait ordonné. Et là encore, nous devions subir l’agression sexuelle de ma mère et de tous ses chums.

C’était toujours à recommencer quand je revenais à la maison; ma concentration devenait très difficile à l’école. Je passais des mois et des mois à ne pas être capable de me concentrer. Donc, évidement, mes notes chutaient.

Et cela se répétait chaque année. Jusqu’à mes 9 ans. En cet été 1978, nous nous retrouvons encore une fois chez ma mère pour nos deux semaines. Un jour mon frère et moi faisions la vaisselle durant que ma mère dort sur le divan. Un homme cogna à la porte. Je répondis et celui-ci me demanda de voir ma mère.  Je lui dis qu’elle dormait au salon. Il entra quand même et alla la voir. Tout en continuant la vaisselle avec mon frère, cet homme arriva dans la cuisine derrière moi et toucha mes parties intimes.

J’ai fait le saut, je me suis retournée, je l’ai regardé droit dans les yeux, et en le poussant je lui ai dit d’enlever ses sales pattes de mon corps.  Ce qu’il fit au moment même. Il sortit de la maison et je ne l’ai plus jamais revu.  Ma mère ne s’étant pas réveillée par sa présence, elle ne savait pas qui était cet homme. Mais quelle sensation de pouvoir; enfin dire à un homme de me laisser tranquille. J’étais très fière de mon geste, car depuis tant d’années, je voulais repousser ces gens qui venaient me salir et je n’en avais jamais la force.  Pourquoi ce fut plus facile pour moi de repousser l’agresseur cette journée que toutes les autres?  Était-ce parce que cet homme était un étranger? Qu’il ne faisait pas partie de la famille, peut-être! En tous cas, ce jour-là, j’ai su que j’avais le pouvoir de refuser.

Chaque année, même si nous revivions les agressions, je n’avais pas le courage d’en parler à mon père, car j’avais peur que celui-ci nous empêche d’allez voir ma mère.  Même si celle-ci était violente, cela peut vous sembler étrange, je l’aimais quand même.  Par la suite, j’ai pris mon courage à deux mains, j’ai approché mon père et lui ai dit que j’étais encore victime d’agression sexuelle.  Depuis, mon père nous a interdit de retourner là-bas...

Les années passèrent.  À l’âge de 16 ans, je trouve mon adolescence très difficile. J’ai de la difficulté à comprendre pourquoi je me sens si différente des autres. Ce qui m’amène encore plus dans l’isolement, d’où par plusieurs occasions mes tentatives de suicide.  J’en ai assez de vivre. Je ne savais pas comment m’aider, j’étais tannée d’avoir mal en-dedans et de ne jamais être comprise.

À l’école, j’étais plus qu’en retard.  J’avais redoublé quelques années au primaire, ce qui me rendait  plus vieille que le reste du groupe.  Et comme je ne me sentais pas à ma place à l’école, en 7ieme année je demande à mon père de lâcher le secondaire pour aller étudier dans le domaine de la coiffure, voulant y faire carrière.

Il accepte

Cette carrière me tient allée pour quelque temps.  Jusqu’à ce que mon médecin me retire de cet emploi puisque je commence à faire beaucoup d’eczéma sur les mains. Par la suite, je suis allé travailler dans une épicerie, comme caissière; j’y suis restée pendant plus de 15 ans.

Entre temps, à l’âge de 20 ans j’ai rencontré le père de mes enfants.  Je suis tombée en amour. L’année suivante nous décidons de fonder une famille. Encore une fois, la naissance de ma fille me projette dans le passé en me remettant continuellement dans les questionnements, tels que : Compte tenu que j’ai été victime d’agression sexuelle de la part de ma mère, la famille vivant loin de nous va-t-elle penser que je vais agresser ma fille? Comment vais-je faire pour protéger ma fille des agresseurs?

À ce moment, je suis devenue très protectrice, tellement que cela nuisait à ma fille et je ne m’en rendais pas compte.

Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai réalisé à quel point que d’essayer de la protéger pouvait lui nuire.

À l’âge de 25 ans, encore une fois, je ne suis pas bien dans ma peau. J’en ai plus qu’assez de passer toutes ces années dans le noir, de ne pas avoir confiance en moi, de me sentir coupable des agressions du passé. Je décide donc de contacter le CLSC pour entreprendre une thérapie afin d’arriver à comprendre ce qui se passe à l’intérieur, sans toutefois parler de mes agressions du passé. Jusqu’au jour où je fais mon premier dévoilement à l’intervenante du CLSC. C’est à ce moment qu’elle me donne le numéro du CALAS.

Croyez le ou non, cela m’a pris 1 an avant d’être capable de pouvoir téléphoner au CALAS. L’idée de retourner en arrière et de revivre toutes ces agressions me rendait malade juste à  y penser.

En août 1995, je tombe enceinte de ma plus jeune.  On dirait que c’est à ce moment que je réalise qu’il est grand temps de prendre soin de moi et de travailler mon passé. Je prends mon courage à deux mains, et j’appelle le CALAS. Je crois sincèrement que cela a été le début d’une nouvelle vie pour moi.

Avoir un suivi au CALAS m’a réellement permis de :

  • M’aider à reprendre confiance en moi
  • De comprendre que je ne suis pas seule à avoir vécu ses mauvaises expériences
  • De comprendre que j’ai une place moi aussi dans cette société
  • De reprendre mon pouvoir qui m’a été volé lorsque j’étais enfant
  • De comprendre que les agressions vécues ne m’appartiennent pas, que je n’étais pas coupable des gestes posés sur moi
  • D’apprendre à surmonter mes peurs face à mes filles et que je devais les laisser vivre et lâcher prise un peu
  • De  comprendre que les victimes d’agression sexuelle vivent différemment des autres suite à une agression, car elles ont été détruites, elles ont vécu de l’abus de pouvoir, de la domination et de l’humiliation
  • De comprendre que l’alcoolisme de ma mère ne justifie aucunement ses gestes
  • Et finalement, d’être capable de revoir la lumière au bout du tunnel

Voila ce que m’a apporté le CALAS!!

Lors de la fin du suivi avec le CALAS, je sentais le besoin d’aider d’autres femmes qui, comme moi, ont été victimes d’agression sexuelle. Alors j’ai approché le CALAS et elles m’ont offert de suivre la formation militante. Par la suite, un poste d’intervenante de garde était disponible. J’ai pris avec elles les formations nécessaires pour ce poste. Je suis fière de dire que je travaille pour le CALAS depuis maintenant 10 ans.

Travailler avec cette équipe a été la plus belle expérience de travail. Ma paie pour moi c’est de voir ce que nous pouvons apporter à ces femmes. De voir une femme entrer au bureau totalement détruite et de pouvoir l’aider à se retrouver et à reprendre son pouvoir.

Finalement, j’aimerais prendre quelque instant pour dire à toutes ces femmes vivant de la violence, qu’elle soit physique, verbale ou sexuelle : «Vous n’êtes pas seules !!  Sortez de l’isolement.  Parlez-en à quelqu’un.  Allez chercher de l’aide.  Vous n’êtes pas folles, vous vivez de graves conséquences.  Dites vous que tout peut être travaillé et qu’il n’est jamais trop tard pour faire du ménage dans notre vie.  Et oui, vous aussi avez la chance de revoir la lumière du jour!!»


Témoignage d’une survivante de harcèlement sexuel

Le nouveau grand patron arrive ce matin et tout le personnel est prêt.  Je vais l’accueillir en bas, moi, la secrétaire.  Au premier coup d’oeil, je perçois une immense déception de sa part.  Après un regard non subtil aux jambes et aux fesses j’ai l’impression que le patron regrette la jeune secrétaire top model dont il avait rêvé.

Mes inquiétudes se concrétisent jour après jour, minute après minute.  Le patron me donne ses instructions en me fixant la bouche comme s’il n’avait jamais vu de bouche de sa vie; en fixant les seins de façon si appuyée que je me dis que ça ne se peut pas, je dois me tromper...  Alors, je suis le regard à partir des yeux et je descends, descends la ligne du regard jusqu’à confirmer, à mon ébahissement total que oui, je ne rêve pas, le bonhomme me fixe les seins tellement intensément que j’ai tout le loisir de l’observer de très près car il ne me regarde jamais dans les yeux...

À chaque fois que le papier est pris dans la photocopieuse et qu’il me voit à quatre pattes sous la machine en train de chercher le petit bout déchiré, il se précipite vers moi en criant: «Je vais t’aider!» et se met lui-même à quatre pattes en se collant le plus possible...  Alors je me relève et le laisse finir le sale boulot tout seul.  Une autre fois, dans la minuscule salle des communications, dans l’enchevêtrement des fils des machines, je répare un appareil et encore une fois, sa générosité le projette sur moi, mais je trouve un collègue masculin «patenteux» pour me remplacer, et l’altruisme du patron disparaît comme par enchantement.

Il se frotte le machin sur moi quand il a une chance, me frôle quand j’ai les mains pleines, me déshabille du regard à chaque fois que j’entre dans son bureau pour lui apporter son courrier et ramasser le travail que j’ai à faire, me dit que nous sommes comme un couple, me montre des photos de ses vacances avec sa femme, avec, pour dernière photo, la sculpture d’un homme à l’immense pénis, et lorsqu’il me montre cette photo, il me regarde avec des yeux et un sourire de chambre à coucher.  Lorsqu’il a un petit rhume, il fait venir la femme-médecin des environs dans son propre bureau.  Il essaie de me faire dactylographier le rapport gynécologique de sa femme.  Lorsqu’il rencontre le personnel féminin, individuellement, il s’asseoit si près d’elles que leurs genoux se touchent.  Il les mange des yeux.  Lors d’un party privé autour de la piscine, il apparaît subitement, sans avoir été invité, et vient embrasser mes amies en bikini...  pas celles qui sont habillées...

Lorsque je veux partager un peu de cette misère quotidienne avec mes collègues, personne ne me croit puisque les autres ne font que l’apercevoir de temps en temps... Comment un si bel homme peut-il être le malade que sa secrétaire décrit...  Mais un collègue masculin particulièrement sensible voit aussi le jeu, partage ma détresse mais me met en garde: «en poste à l’étranger, loin de tout, en vase clos, si tu parles, tu prends l’immense risque de faire rire de toi, ce qui rendra la situation encore plus intolérable.» 

J’en ai eu pour deux années à œuvrer dans ce contexte de travail empreint de connotation sexuelle.  Quand finalement mon contrat s’est terminé et que j’ai enfin quitté mon patron, je suis rentrée au pays et me suis informée à propos de ces regards qui mettent mal à l’aise, de ces confidences insistantes sur sa vie intime, de ces photos suggestives et ces frôlements non désirés.  J’ai alors compris que ces situations avaient un nom: le harcèlement sexuel.  J’ai également réalisé que le harcèlement sexuel constitue à la fois un abus de pouvoir et une atteinte à mon intégrité, c’est quelque chose que je n’ai pas à tolérer: ça ne fait pas partie de la job!

J’en aurai pour plusieurs années à m’en relever, mais je me rebâtis jour après jour grâce au partage et à la solidarité des groupes de femmes.  Ces groupes m’ont fait prendre conscience que je n’étais pas la seule à vivre du harcèlement sexuel.  Si vous aussi en vivez ou en avez vécu, vous pouvez recevoir du soutien auprès du CALAS de l’Outaouais. 


Désir D’amnésie

Lorsque je la vis
Cette étoile filante
Je n’eu qu’un désir
Le désir de l’amnésie

Le désir de tout oublier
De ne plus me rappeler
Cette enfant abusée
Et son esprit salit

Elle était si innocente
Et lui si conscient
De l’impardonnable geste
Qui s’apprêtait à commettre

Un geste qui la suivra
Qui la hantera de minuit à minuit
Tout au long de sa vie

Il lui a volé
Son enfance
Et durant celle-ci, elle s’est cachée
Sous des apparences

Il lui a enlevé
Ses larmes
Et les a remplacé
Par des lames

Lorsque je la vis
Cette étoile filante
Je n’eu qu’un seul désir
Le désir d’amnésie

Le désir de tout oublier
De ne plus me rappeler
Cette enfant abusée
Son esprit salit

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Mes nuits

Toutes les nuits, je pleure près de mon lit.

Ce que j’ai subi, ça a ruiné ma petite vie.

 

La première fois, j’n’ai pas compris.

J’ai cru d’abord que c’était ta façon de me dire que tu m’aimais au fond.

 

Quand les gens me disent que j’ai changé.

Je leur dits qu’on change avec le temps.

Mais tout ça est à cause de toi…

 

Toi, toi, pourquoi t’es là?

Toujours proche de moi quand j’te veux pas.

C’est quoi que tu comprends pas?

 

Moi je mens pour toi.

Parce que personne ne me croit.

 

Esti que je partirais d’icitte au plus sacrant.

Mais y en a qui me tiennent en m’accrochant.

 

Alors je me dis qu’il est trop tard.

Avec le peu d’espoir qui m’habite encore…

 

Toi, toi, pourquoi t’es là?

Toujours proche de moi quand j’te veux pas.

C’est quoi que tu comprends pas? 

 

J’ai essayé de m’en aller.

Ça pas encore marché.  

So, là j’endure.

Avec mes blessures, pis mes coupures.

Esti que je fais dure.

 

Tout ce mal-là part de toi.

Avec tes idées trop folles pour moi.

 

Toi, toi, pourquoi t’es là?

Toujours proche de moi quand j’te veux pas.

C’est quoi que tu comprends pas?

 

C. 14 ans

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Avec courage, dévoiler les mensonges pour faire fleurir la vérité!

Monsieur, je veux que tu sortes complètement de mes pensées, de ma vie , de mon corps!
Je renonce a toute culpabilité.
J'ai le droit de dire et faire tout ce que je veux, comme je veux et quand je veux.
Je dis oui ou je dis NON.
Je dis NON aux pensées de tes abus et de toi, Monsieur.
Je dis NON à être et vivre de la culpabilité de tes abus.
Je te remets tes abus.
Je dis NON, NON à être une vicitime de toi, Monsieur.
Je suis une ancienne victime de Monsieur.
Aujourd'hui je dis NON à la victimisation.
Je dis NON à toutes formes d'abus.
Je dis NON au mensonge.
Je dis NON à la manipulation.
Je me tiens droite dans ma liberté humaine et de femme.
Je te dis: «Recule agresseur».
Je te dis :«Arrête d'agresser».
Je te dis «Recule devant mes enfants et petits enfants».
je souhaite qu'un jour l'agresseur en toi te quitte et que la vérité t'affranchisse.
Je souhaite que ta demande de pardon soit faite à nos enfants, pour les avoir abusés sexuellement, ainsi qu'à moi.
Je souhaite que ta demande de pardon soit faite à tout ceux que tu as abusés.
Je tahi, je te déteste.  J'ai cru en toi, Monsieur
Tu as trahi ma confiance. Tu as trahi nos rêves.
Tu as sali nos vies.
Aujourd'hui, je te dis «Sors de ma vie, de mes pensées, de mon coeur, de mes émotions. sors....»
Je relâche le fardeau des tes abus.
Je relâche les fardeaux des enfants que ta abusé sexuellement, manipulés et contrôlés.
Nous sommes libres et je suis libre.  Je dis NON au passé et je dis OUI au présent et au futur...
Merci au CALAS de l'Outaouais de m'avoir permis à m'exprimer et d'être plus libre aujourd'hui, car j'ai réussi à m'exprimer avec de vrais mots.
Merci Michèle, merci Sandra

Une ex-victime de l'abus...